• - La centenaire

     

    Je sais, même si vous connaissez ma grande admiration pour Lynda Lemay, vous allez me dire que cette célèbre chanson s'intitule "LA centenaire" et non pas "LE centenaire" et que son texte est peu "masculinisable". C'est vrai mais je l'aime beaucoup et puis, Lynda elle-même chante bien "Arthur" à la première personne. Alors pourquoi renonver à l'interpréter sous le seul prétexte que l'on appartient à l'autre sexe ?

    Ecoutez et, surtout lisez:

    Ca fait cent longs hivers
    Que j'use le même corps
    J'ai eu cent ans hier
    Mais qu'est-ce qu'elle fait la mort

    J'ai encore toute ma tête
    Elle est remplie d'souvenirs
    De gens que j'ai vus naître
    Puis que j'ai vu mourir

    J'ai tellement porté d'deuils
    Qu'j'en ai les idées noires
    J'suis là que j'me prépare
    Je choisis mon cercueil

    Mais l'docteur me répète
    Visite après visite
    Qu'j'ai une santé parfaite
    Y'est là qu'y m'félicite

    J'ai vu la Première guerre
    Le premier téléphone
    Me voilà centenaire
    Mais bon, qu'est-ce que ça me donne
    Les grands avions rugissent
    Y'a une rayure au ciel
    C'est comme si l'éternel
    M'avait rayée d'sa liste

    Ca fait cent longs hivers
    Que j'use le même corps
    J'ai eu cent ans hier
    Mais qu'est-ce qu'elle fait la mort

    Qu'est-ce que j'ai pas fini
    Qu'y faudrait que j'finisse
    Perdre un dernier ami
    Enterrer mes petits-fils?

    J'ai eu cent ans hier
    Ma place est plus ici
    Elle est au cimetière
    Elle est au paradis

    Si j'meritais l'enfer
    Alors c'est réussi
    Car je suis centenaire
    Et j'suis encore en vie

    Moi j'suis née aux chandelles
    J'ai grandi au chaudron
    Bien sûr que j'me rappelle
    Du tout premier néon

    J'ai connu la grande crise
    J'allais avoir 30 ans
    J'ai connu les églises
    Avec du monde dedans

    Moi j'ai connu les chevaux
    Et les planches à  laver
    Un fleuve tellement beau
    Qu'on pouvait s'y baigner

    Moi j'ai connu l'soleil
    Avant qu'y soit dangereux
    Faut-il que je sois veille
    Venez m'chercher, bon dieu

    J'ai eu cent ans hier
    C'est pas qu'j'ai pas prié
    Mais ça aurait tout l'air
    Que dieu m'a oubliée

    Alors j'ai des gardiennes
    Que des nouveaux visages
    Des amies de passage
    Payées à  la semaine

    Elles parlent un langage
    Qui n'sera jamais le mien
    Ca m'fait du chagrin
    D'avoir cinq fois leur âge

    Et mille fois leur fatigue
    Immobile à  ma fenêtre
    Pendant qu'elles naviguent
    Tranquilles sur internet

    C'est vrai qu'j'attends la mort
    C'est pas qu'j'sois morbide
    C'est qu'j'ai cent ans dans l'corps
    Et qu'j'suis encore lucide

    C'est que je suis avide
    Mais qu'y a plus rien à  mordre

    C'est qu'mon passé déborde
    Et qu'mon avenir est vide

    On montre à  la télé
    Des fusées qui décollent
    Est-ce qu'on va m'expliquer
    Ce qui m'retient au sol

    Je suis d'une autre école
    J'appartiens à l'histoire
    J'ai eu mes années folles
    J'ai eu mes heures de gloire

    J'ai eu un bon mari
    Et quatre beaux enfants
    Mais tout l'monde est parti
    Dormir au firmament

    Et y'a que moi qui veille
    Qui vis, qui vis encore
    Je tombe de sommeil
    Mais qu'est-ce qu'elle fait la mort


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